Étrange et fascinant, le château fort de Rambures est un joyau architectural érigé entre la Normandie et la Picardie au XVe siècle.
Au cœur des troubles de la guerre de Cent Ans
Le nom des Rambures est mentionné pour la première fois de l’Histoire en 1058, lorsqu’un membre de la famille se présente à la cour plénière du roi Henri Ier à Cambrai. Les vestiges de la motte castrale à proximité de l’église paroissiale témoignent de l’existence d’une construction plus ancienne. C’est toutefois en 1412 que David de Rambures fait édifier la forteresse actuelle. Les travaux sont interrompus trois ans plus tard, les hommes de la famille étant envoyés au front pour participer aux batailles contre les troupes anglaises d’Henri V. David de Rambures ainsi que trois de ses fils perdent la vie dans la bataille d’Azincourt. André de Rambures échappe à la mort, mais devient captif des Anglais. Henri VI, qui succède à son père Henri V, confisque alors le château de Rambures.
La libération de la France
Charles Desmarest se retrouve à la tête d’une troupe partisane du roi de France, constituée d’anciens compagnons d’André de Rambures. Un assaut surprise est mené sur le château de Rambures qui devient alors le quartier général de Desmarest. Il prend les commandes pour libérer les villes françaises de la domination anglaise. C’est ainsi que la France reconquiert Dieppe et Saint-Valery-sur-Somme de même que Abbeville en 1435. Ce n’est toutefois que l’année suivante qu’André de Rambures retrouve sa liberté. De retour en France et accompagné de son fils Jacques, il participe activement aux batailles qui ont permis la reconquête du pays. L’occupation anglaise s’achève en 1450 et le semblant de paix qui s’ensuit permet aux Rambures de poursuivre l’édification de leur forteresse. Le chantier prend fin près de 20 ans plus tard.
Un joyau d’architecture militaire
La plupart des châteaux-forts ont été construits pour assurer la surveillance de points spécifiques ou défendre des zones stratégiques. Ce n’est pas le cas de celui de Rambures, ce qui explique sa position enclavée, le principal objectif étant d’assurer la résistance aux assauts ennemis. Les murs de briques rouges mêlées à des pierres blanches présentent des épaisseurs variées qui vont jusqu’à six mètres. Vous constaterez que des canonnières sont intégrées à certains endroits. La construction toute en courbes du château de Rambures complique considérablement les tirs au canon. Aucun angle d’attaque n’est, en effet, disponible. La forteresse présente aussi quatre tours qui communiquent par le biais de demi-tours. Cet ensemble est agrémenté d’un chemin de ronde -dessus duquel un étage a été construit légèrement en retrait. Le château de Rambures, coiffé d’une toiture en ardoise bleu, s’élève sur près de vingt mètres de hauteur. Il abrite quatre étages habitables.
Soldats de pères en fils
Les Rambures deviennent les principaux seigneurs de Ponthieu dans le courant du XVIe siècle. Charles de Rambures reçoit les honneurs pour sa fidélité à la couronne. Il a en effet sauvé la vie du roi Henri IV au cours de la bataille d’Ivry. Il devient maréchal de camp en 1619 et tient parallèlement le statut de vice-amiral de Picardie. La famille perpétue les métiers des armes sur de nombreuses générations. Classé Monument Historique en 1840, le château de Rambures a fait l’objet de certaines modifications qui datent du XVIIIe siècle. Elles ont été dirigées par le marquis de La Roche-Fontenilles, cousin du marquis Alexandre de Rambures, décédé en 1676.