La danse macabre peinte de la chapelle de Kermaria-an-Isquit, à Plouha : des squelettes entraînent par la main le banquier, le pauvre, l'amoureux, le musicien et le paysan

Où fêter Halloween en France ? De Samain aux châteaux hantés

La nuit des morts bretonne et l'Ankou, les danses macabres, les lanternes des morts, les fantômes des châteaux face aux archives, et les rendez-vous d'Halloween de l'année : fêter Halloween à la française.

Crédit photo : Colsu / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

Halloween tombe le 31 octobre, veille de la Toussaint, donc toujours au milieu des vacances scolaires (si vous cherchez où partir avec les enfants à ce moment-là, voir nos idées de vacances de la Toussaint en famille au bord de la mer). On le croit américain. La France a pourtant son propre Halloween, plus ancien et plus sombre : une nuit des morts bretonne, des squelettes qui dansent sur les murs des chapelles, des lanternes de pierre dans les cimetières et des châteaux qui ont chacun leur dame blanche. Voici où le trouver, puis les rendez-vous de cette année.

Avant Halloween, il y avait Kalan Goañv

En breton, le 1er novembre se dit Kalan Goañv, les « calendes d’hiver ». C’était, en Basse-Bretagne, le temps de l’Anaon, le peuple des âmes des morts. Anatole Le Braz, qui a recueilli ces croyances à la fin du XIXe siècle dans La Légende de la mort, décrit la procession du soir de la Toussaint, après les vêpres des morts, entre les tombes et jusqu’à l’ossuaire.

On rattache souvent cette nuit à Samain, la fête du début de l’hiver chez les Celtes. Il faut le dire avec prudence : le Samain irlandais n’est connu que par des textes écrits à partir du IXe siècle, par des moines déjà chrétiens, et si le calendrier gaulois de Coligny, gravé sur une plaque de bronze retrouvée dans l’Ain, nomme bien un mois Samonios, rien ne dit qu’il tombait au 1er novembre. Le « Nouvel An celtique » des affiches est une reconstruction moderne. Les fêtes de Samain qui se tiennent aujourd’hui en Bretagne, elles, sont bien réelles (voir l’encadré plus bas).

L’Ankou, l’ouvrier de la mort

Le personnage le plus saisissant de ce Halloween breton est l’Ankou, l’ouvrier de la mort. Selon l’ethnologue Daniel Giraudon, son nom vient d’une racine celtique qui signifie « tuer », sa première mention connue est une glose latine du IXe siècle, et il ne portait pas toujours une faux : d’abord une lance, une flèche ou une bêche. La légende, elle, en fait le dernier mort de l’année, dont on entend grincer la charrette, karr an Ankou, quand quelqu’un va mourir.

On le voit encore, sculpté dans le granit des enclos paroissiaux. À La Roche-Maurice (Finistère), au-dessus du bénitier de l’ossuaire bâti en 1639-1640, un squelette brandit sa flèche au-dessus de l’inscription « Je vous tue tous ». On le retrouve à Brasparts, à Bulat-Pestivien (1552), à Landivisiau (1585) ou à La Martyre (1619), et, en bois, dans l’église de Ploumilliau (Côtes-d’Armor), la seule effigie encore dans une église, qu’on visite en s’adressant à la mairie.

L'Ankou sculpté au-dessus du bénitier de l'ossuaire de La Roche-Maurice, un squelette qui tient une flèche, au-dessus de l'inscription « Je vous tue tous »
L’Ankou de l’ossuaire de La Roche-Maurice. GFreihalter / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0, recadrée

Entrer dans la danse macabre

Bien avant les squelettes en plastique, le Moyen Âge finissant a peint la mort sur les murs des églises : la danse macabre, où des morts entraînent par la main les vivants de toutes conditions, du pape au laboureur. Quelques-unes ont survécu en France, et ce sont de vraies merveilles.

  • Kermaria-an-Isquit, à Plouha (Côtes-d’Armor) : une ronde peinte au XVe siècle sur les murs de la chapelle, où l’on reconnaît le banquier, l’amoureux, le musicien ou le paysan.
  • Kernascléden (Morbihan) : une danse macabre et une scène de l’Enfer, dans une chapelle monument historique depuis 1857.
  • La Chaise-Dieu (Haute-Loire) : trois panneaux peints vers 1430 dans l’abbatiale, vingt-trois personnages de la société médiévale, d’environ un mètre de haut.
  • La Ferté-Loupière (Yonne) : une longue frise de la seconde moitié du XVe siècle, redécouverte en 1910.

Les vraies lanternes françaises

La citrouille creusée vient d’Amérique. La France a ses lanternes, et elles sont de pierre : les lanternes des morts, tours élevées au Moyen Âge dans les cimetières, surtout dans le Limousin et le Poitou, au sommet desquelles on allumait, pense-t-on, un fanal pour les défunts. Celle de Fenioux (Charente-Maritime), classée dès 1862, dresse sa colonne de colonnettes près de l’église ; celle de Cellefrouin (Charente), du XIIe siècle, monte à une douzaine de mètres.

La lanterne des morts de Fenioux, haute tour de pierre faite de colonnettes et coiffée d'un toit pointu, dans un pré bordé d'arbres
La lanterne des morts de Fenioux, en Charente-Maritime. Havang(nl) / Wikimedia Commons, CC0

Et les lanternes creusées dans un légume existent bien chez nous, mais pas pour Halloween : dans le Nord, les enfants promènent des betteraves éclairées le soir de la Saint-Martin, le 11 novembre.

Fantômes de châteaux : la légende face à l’archive

Chaque région a son château hanté. Le plaisir, c’est de confronter la légende à ce que disent les archives.

  • Brissac (Maine-et-Loire) : on dit que la Dame verte, Charlotte de Brézé, fille de Charles VII et d’Agnès Sorel, y erre depuis que son mari l’a surprise avec son amant et les a tués tous les deux. Le crime a bien eu lieu, en 1477, mais au château de Rouvres, en Eure-et-Loir. Le fantôme, lui, est resté à Brissac.
  • Combourg (Ille-et-Vilaine) : Chateaubriand raconte dans ses Mémoires d’outre-tombe le comte à la jambe de bois qui hantait le château de son enfance, accompagné d’un chat noir. Le château évoque lui-même, avec un « semble-t-il », un chat momifié retrouvé dans un mur.
  • Tiffauges (Vendée) : la forteresse de Gilles de Rais, compagnon de Jeanne d’Arc, condamné et exécuté à Nantes le 26 octobre 1440. On l’assimile volontiers à Barbe-Bleue, sans preuve : le personnage de Perrault tue ses épouses, pas des enfants.
  • Puilaurens (Aude) : une Dame blanche hanterait la tour ouest de ce château perché, l’un des châteaux dits « cathares ». Son identité, Blanche de Bourbon, n’est attestée par aucune source sérieuse ; la vue, elle, ne déçoit jamais.

Pour aller plus loin, nos guides des châteaux hantés à visiter et des lieux les plus hantés de France en présentent d’autres.

Sous la terre

  • Les catacombes de Paris : l’ossuaire où reposent les restes de plusieurs millions de Parisiens, transférés des anciens cimetières de la ville. La réservation est obligatoire.
  • Le gouffre de Padirac (Lot) : la légende en fait le « Trou du Diable », ouvert par Satan au cours d’un pari perdu contre saint Martin, dont la mule aurait franchi le gouffre d’un bond.
  • La forêt de Brocéliande (Ille-et-Vilaine et Morbihan) : le Val sans retour, où la fée Morgane retenait, dit la légende, les amants infidèles, n’est pas sous la terre, mais il est de la même étoffe.

La Toussaint des régions

Le lendemain d’Halloween, la France fleurit ses tombes, et les régions n’ont pas toutes les mêmes gestes. Le chrysanthème s’y est imposé après 1919, pour le premier anniversaire de l’armistice. En Corse, selon la tradition que rappelle l’office de tourisme de l’île, on laissait la nuit de la Toussaint du pain et de l’eau, ou du lait et des châtaignes, sur la table pour les défunts, et l’on cherchait le lendemain leurs traces dans la cendre du foyer ; à Bonifacio, on cuit le panu di i morti, le pain des morts, pour le 2 novembre.

Halloween 2026 : le calendrier

Rendez-vous vérifiés sur les sites des organisateurs le 12 octobre 2026. Cet encadré est refait chaque année.

Pour fêter Samain

  • Fête de la Sorcière et festival de Samain, au château de Comper, à Concoret (Morbihan), au cœur de Brocéliande : la fête les 24 et 25 octobre, sur réservation, le festival du 24 au 31 octobre.
  • Un conteur qui raconte Samain au château de Combourg (Ille-et-Vilaine), le dimanche 25 octobre.
  • La Légende de Samain, spectacle équestre à Nivillac (Morbihan), le 31 octobre à 17 h.
  • Nuit de la Samain à Mauron (Morbihan), bal folk et fest-noz, le 31 octobre à 20 h 30.

Dans les châteaux

  • Breteuil (Yvelines), le château des contes de Perrault : contes et spectacles pendant les vacances, nuit hantée le 17 octobre, murder party les 30 et 31 octobre.
  • Chantilly (Oise) : le château visité de nuit à la lampe torche, du 19 octobre au 1er novembre, dès 7 ans, sur réservation.
  • Maisons-Laffitte (Yvelines) : le fantôme de Madeleine hante le château, les 24, 25 et 31 octobre et le 1er novembre, dès 6 ans.
  • L’abbaye de Royaumont (Val-d’Oise) : contes, loup-garou et murder party autour d’un meurtre de 1794, du 19 au 31 octobre.
  • Azay-le-Ferron (Indre), dans la Brenne : une fête d’Halloween de village au château, le 25 octobre.
  • Cheverny (Loir-et-Cher) : des milliers de potirons et de coloquintes dans les jardins et le château, du 15 octobre au 1er novembre.

Sous la terre

  • La grotte de Lombrives (Ariège) : une visite à la bougie, avec les fantômes des explorateurs, du 28 au 31 octobre.
  • Le gouffre de Padirac (Lot) : des heures du conte du 18 au 31 octobre.

Pour les enfants

  • Le Futuroscope (Vienne), du 17 octobre au 1er novembre : un Halloween drôle plutôt qu’effrayant.
  • Vulcania (Puy-de-Dôme), du 17 octobre au 1er novembre : une enquête au cœur des volcans.
  • France Miniature (Yvelines), jusqu’au 1er novembre : une chasse au trésor autour de l’Ankou breton.
  • Le ZooParc de Beauval (Loir-et-Cher), à partir du 17 octobre : un carnet d’enquête pour retrouver six créatures dans le parc.
  • Le parc Bagatelle (Pas-de-Calais), jusqu’au 1er novembre : une forêt enchantée pour les petits, un parc oublié pour les plus grands.

Pour les amateurs de frissons

  • Disneyland Paris (Seine-et-Marne), jusqu’au 1er novembre : le 31 octobre est le seul jour de l’année où les visiteurs de tout âge peuvent venir déguisés (voir nos astuces pour préparer sa visite).
  • Le parc Astérix (Oise), jusqu’au 8 novembre : douze nocturnes jusqu’à une heure du matin.
  • Walibi Rhône-Alpes (Isère), jusqu’au 11 novembre : cinq maisons hantées, nocturnes les 24 et 31 octobre, déconseillées avant 16 ans.

Envie d’aller plus loin que la France ? Notre guide des destinations qui font frissonner part de l’Écosse à la Transylvanie.

Sources20 sources
  1. Daniel Giraudon, l’Ankou - Bécédia, Bretagne Culture Diversité.
  2. Daniel Giraudon, où voir l’Ankou - Bécédia, Bretagne Culture Diversité.
  3. Anatole Le Braz, La Légende de la mort (1893) - Wikisource.
  4. Le calendrier de Coligny - Wikipédia.
  5. Peintures de la chapelle de Kermaria-an-Isquit, notice PM22000933 - base Palissy.
  6. Chapelle Notre-Dame de Kernascléden, notice PA00091325 - base Mérimée.
  7. La Danse macabre, aide à la visite - abbaye de La Chaise-Dieu.
  8. Lanterne des morts de Fenioux, notice PA00104685 - base Mérimée.
  9. Lanterne des morts de Cellefrouin, notice PA00104268 - base Mérimée.
  10. Jacques de Brézé et la mort de Charlotte de Brézé (1477) - Wikipédia.
  11. Les légendes du château - château de Combourg.
  12. Gilles de Rais - Encyclopædia Universalis.
  13. À la Toussaint, partagez nos traditions - Agence du tourisme de la Corse.
  14. Centre de l’Imaginaire arthurien, château de Comper.
  15. Nocturnes frissonnantes d’Halloween - château de Breteuil.
  16. Les nuits d’Halloween - château de Chantilly.
  17. Halloween - abbaye de Royaumont.
  18. Événements - grotte de Lombrives.
  19. Peur sur le Parc - parc Astérix.
  20. Disney Halloween Festival 2026 - Disneyland Paris.

Halloween en France : les questions qu'on se pose

Quand fête-t-on Halloween en France ?

Le 31 octobre, veille de la Toussaint. Halloween tombe donc toujours pendant les vacances scolaires de la Toussaint, qui durent deux semaines autour du 1er novembre.

Halloween est-il une fête celtique ?

En partie. Halloween descend de la veille de la Toussaint, et les folkloristes la rapprochent de Samain, la fête irlandaise du début de l'hiver, connue par des textes du Moyen Âge. Le calendrier gaulois de Coligny nomme un mois Samonios, mais rien ne prouve qu'on y fêtait la même chose ni à la même date. Le « Nouvel An celtique » est une reconstruction moderne.

Où voir l'Ankou en Bretagne ?

Sculpté sur les ossuaires et les églises du Finistère et des Côtes-d'Armor : à La Roche-Maurice, au-dessus du bénitier de l'ossuaire, avec l'inscription « Je vous tue tous », à Brasparts, à Bulat-Pestivien, à Landivisiau, et en bois dans l'église de Ploumilliau.

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